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日志


CaTardieu

 

Bien le bonjour les z’amies-z’amis !

 

Connaissez-vous Jean Tardieu, le poète ?

Lien Wikipedia. Jean Tardieu

page

Monsieur monsieur 1

Monsieur monsieur 2  

Nous nous sommes offert un petit logiciel qui devrait nous permettre, du moins quand nous saurons l’utiliser, de faire des petites animations parlantes avec les héros facétieux, fruits de notre imagination :) Le programme s’appelle “Crazy Talk” et je l’ai testé en faisant dire à un gentil Minou “La môme néant” de Tardieu. Soyez bien attentifs, c’est du very-short-métrage !  

descargar-crazy-talk-5

 

 

On essaiera de faire mieux la prochaine fois…

Chanson d'automne sauce Oulipote





L’été a cessé d’être :

On ne peut être et avoir été.






à NiNNe


L’automne te donne ton ton
Ravi santon
Tontaine tonton
Le jour décline
Santonine






CHANSON D’AUTOMNE


D’Aubagne dont la belle s’échappa
Bel et bien échappée belle
D’Aubagne dernière nouvelle
L’automne est là

L’automne sous la tonnelle
Est de feuilles rubis  jonché
L’automne entonne-t-elle
L’automne est là
Antonella

Anton est là
Sous la tonnelle
Chantant tonnant a capella
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Agrippa a la grippe A Ha!
Hache un haineux à cet appel
Brûle un chat pelé en chapelle
On en est là Anton est là

Sous le pont Mirabeau je demeure
Vienne la nuit passe-moi le beurre
Le confit turc de Mirabeau
La confiture de mirabelles
La Pauline erre et  le Rein boit
Verlaine passe Boîte un ver d’oie
Nos jours s’en vont si monotones
Sonne automne sonotone
Fais-donc passer le Nutella
Antonella

C’est le début de l’automne
Quand il rougeoie
Automne roux automne joie
Suivra l’automne qui maronne
Et vire au noir
Anton noir




Envoi:
Rose rouge Où est passé ce con été ? Rose flétrie





Clin d'oeil

Nandou









Votre cadeau Cata

La Page à Plagier  !

rose

Vous aussi vous aimeriez avoir un beau billet romantique et scintillant … Vous en rêviez, Cata l’a fait ! Devenus experts dans le décollage/collage et le détournement, ils ont  conçu ce beau poème dans lequel ils ont mis tout leur cœur et leur talent littéraire …avec un espace libre au-dessous pour signer de votre plus joli pseudo . Le geste est généreux et l’œuvre est toute en subtilité et émotion . Copiez, personnalisez … et faites rougir de jalousie vos copines !

 

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Notre amour

rose

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La Chanson du Mal Aimé. Guillaume Apollinaire


 

 

 

La Chanson du Mal-aimé  G. Apollinaire

     

Nandou

 

 

 

La Chanson du Mal-aimé  G. Apollinaire

 


                             Et je chantais cette romance
                             En 1903 sans savoir
                             Que mon amour à la semblance
                             Du beau Phénix s'il meurt un soir
                             Le matin voit sa renaissance

 

(…)

Voie lactée ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

(…)

 

Juin ton soleil ardente lyre
Brûle mes doigts endoloris
Triste et mélodieux délire
J'erre à travers mon beau Paris
Sans avoir le coeur d'y mourir

Les dimanches s'y éternisent
Et les orgues de Barbarie
Y sanglotent dans les cours grises
Les fleurs aux balcons de Paris
Penchent comme la tour de Pise


Soirs de Paris ivres du gin
Flambant de l'électricité
Les tramways feux verts sur l'échine
Musiquent au long des portées
De rails leur folie de machines


Les cafés gonflés de fumée
Crient tout l'amour de leurs tziganes
De tous leurs siphons enrhumés
De leurz garçons vêtus d'un pagne
Vers toi toi que j'ai tant aimée

Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d'esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes

 

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

 


 

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)





8 Mars, journée d' une femme: Leslie Kaplan

 

Plus qu' une écriture, la voix de cette femme, de celle-là.

Leslie Kaplan trouve les mots qui touchent

à l' endroit juste et si improbable où nous avions besoin de les trouver.

Si vous ne connaissez pas encore

laissez vous porter par cette voix de femme,

Par sa voix.

 

 

Nous l'avons découverte par ce livre d' amour (un livre d' amour n' est pas forcément mièvre).

 

Et voici un texte  "Consommations" trouvé en accès libre .

Vous nous direz si vous n' avez pas vous aussi le sentiment

de lire enfin une très grande écrivaine contemporaine.

 

.........................................................................................................

 

je vais souvent au Monoprix
j'aime y aller
pour rien
pour pas grand-chose
une paire de collants
un peigne
un produit de beauté
j'entre
je regarde
les objets étendus dans leurs boîtes
détachés
je passe entre les rayons
je regarde
je touche un peu
j'essaye un vêtement
un autre
je me vois dans les glaces
les miroirs
je regarde
les choses, je les aime pour elles-mêmes
cette vie facile des objets
je crois que le Monoprix m'a accompagnée
toute ma vie
je ne sais pas pourquoi, il me rassure
j'entre, je me promène dans les allées
même la musique débile, je l'aime
même les publicités
les lumières, les grandes glaces
j'ai l'impression de retrouver quelque chose
quelque chose de moi
je m'arrête au photomaton
je regarde les gens qui s'assoient
pour faire une photo d'identité
dans les allées
il y a une odeur
particulière
je ne sais pas
une odeur d'usine
elle est liée à ces objets
de Monoprix
à leur emballage
peut-être
ces objets
petits objets de rien
on voit l'origine industrielle
anonyme
ils sont fabriqués en série, en masse
pourquoi ça me plaît ?
c'est notre monde
ce monde
j'aime les belles choses,
ce qu'on voit chez les antiquaires
les pièces uniques
j'aime, j'apprécie
mais là c'est différent
ces objets, je me sens proche d'eux
le plastic, l'aluminium, l'acrylique
les matériaux modernes
je me sens du même monde
tout d'un coup j'ai envie de pleurer
une tristesse
ces petits objets fabriqués
on les faits
petits objets soumis
ils n'y peuvent rien
ils ne comptent pour personne
ils n'ont aucune importance
ils existent à peine
ils sont jetables
personne ne les aime vraiment
ils sont juste utiles
pas comme un bel objet
un objet artisanal
qui est fait comme on dit avec amour
ce sont des objets fabriqués
par des machines
de façon impersonnelle
petits objets de rien
petits objets désolés
abandonnés

Une fois j'ai vu dans un magazine une femme qui me ressemblait. Juste un peu, mais elle me ressemblait. Ça m'a fait un effet pas possible. Pourquoi elle me ressemble, je n'arrêtais pas de me répéter ça, pourquoi elle me ressemble. Je la regardais, je notais des détails, je remarquais une chose ou une autre, elle avait un pli au coin de la bouche, moi j'ai le même, je ne sais pas si d'autres pourraient le remarquer, mais moi je le sais, je le remarquais, et aussi la couleur des cheveux, c'est le même brun, enfin, je crois, en tous cas je le sentais pareil, et je n'arrêtais pas de me dire ça, pourquoi elle me ressemble, pourquoi cette femme me ressemble. À la fin je devenais folle. Je n'en pouvais plus, je l'ai raconté à ma meilleure amie, elle a écouté, elle m'a dit, mais tu te demandes pourquoi elle est dans le magazine, et pas toi, c'est ça que tu te demandes, cettte femme te ressemble et elle est dans le magazine, c'est ça qui te perturbe, et là ça m'a arrêtée, je me suis dit, oui c'est vrai, elle est dans le magazine et pas moi, c'est pour ça que ça me perturbe. C'est vrai que je ne voyais pas ce qu'elle avait fait pour être là dans le magazine, être là à me ressembler. Ça m'a un peu calmé. Mais après ça m'a repris. Pourquoi elle et pas moi, pourquoi elle est dans le magazine et pas moi, en fait elle n'avait rien fait de spécial, elle était juste dans le magazine, je ne sais plus qui c'était, elle était mariée, elle avait des enfants, elle avait un problème de santé, je ne sais plus, elle était là dans le magazine, et plus j'y pensais, plus ça me rendait malheureuse, elle me ressemblait, pourquoi elle était dans le magazine et pas moi. Son nom était marqué, mais ça ne me disait rien, je ne la connaissais pas, je ne sais pas qui la connait, mon amie ne la connaissait pas, personne la connaissait mais elle était là, elle me ressemblait et ça me rendait malheureuse.

On est dans la société du bonheur et on est malheureux. Tous les jours, tout le temps, il y a des raisons d'être malheureux. Quand on travaille. Quand on ne travaille pas. Quand on a des enfants. Quand on n'a pas d'enfants. Et la santé. Et les vacances. On a tous les jours des raisons d'être insatisfait, malheureux, mécontent. Et là. Cette femme qui me ressemblait, dans le magazine, je ne sais pas pourquoi, ça m'a explosé à la figure.

Vous voulez savoir ce que c'est, la sexualité industrielle de masse? Vous vous demandez ce que ça peut être? Je vais vous raconter l'histoire d'un ami d'enfance, André. André, je le connais depuis toujours, on est allé à l'école ensemble. Comme tout le monde, il a fait beaucoup de sexpériences. Pardonnez le jeu de mots, c'est le sien. Il a essayé les femmes, mais il se demandait s'il n'aimait pas mieux les hommes. Il a essayé les hommes, mais il n'était pas sûr de ne pas préférer les femmes. Il a cherché l'amour romantique, l'amour simple, mais c'était compliqué. Il a voulu connaître d'autres horizons, l'amour exotique, mais il en est revenu. Il a expérimenté les clubs et les groupes, les marginaux et les bourgeois, les plaisirs et les douleurs, jamais les enfants, notez bien, il gardait des principes, mais c'était très très fatiguant.

Une fois il m'avait dit, ça m'avait frappé, je fais tellement de choses, je cherche, on ne peut pas dire que je ne fais pas d'efforts, je cherche, je me donne beaucoup de mal, je veux trouver... mais finalement, avait dit André, ça m'est venu comme ça une fois et maintenant j'y pense tout le temps, finalement j'ai la même sensation que j'avais à l'école quand je copiais. La même sensation. Copier c'est un travail, il avait dit, je trouve qu'on ne reconnaît pas suffisamment que les enfants qui copient font vraiment des efforts. Moi j'étais assis à côté du gros Louis, tu te souviens, il était bon en tout, et souvent je regardais sa feuille, d'ailleurs il était brave, un camarade, il me la montrait, sa feuille, et je recopiais. Et quand on corrigeait j'étais complètement excité avant d'avoir ma note, combien j'allais avoir, et bien sûr si on allait voir que j'avais copié. Et j'avais une bonne note et ça retombait. Je m'en fichais. Eh bien là, c'est pareil... Je m'excite comme un fou, je me suis toujours excité comme un fou, tout ce que je connais pas, surtout si c'est un peu interdit, ça m'excite, j'essaye ceci, j'essaye cela, je fais ceci, je fais cela, je bande, je jouis, remarque je ne suis pas impuissant, c'est toujours ça, et après... C'est comme à l'école. Le devoir, ce n'était pas le mien, et même si j'avais tout bon, bien sûr ce n'était pas moi...

Est-ce que je copie quand je fais l'amour ? C'est moi, quand même. Mais je me demande.
Et alors, moi, je ne sais pas quoi lui dire, à André, je n'ai jamais su quoi lui dire, d'autant qu'il a la tête remplie, mais remplie...
Par exemple André pense sincèrement que maintenant que les femmes sont libérées les hommes se sentent menacés.
Parfois, variante savante, il dit : castrés.
Il dit qu'il y a une crise de la masculinité.
Mais pour rien au monde André ne voudrait d'une femme qui ne soit pas libérée.
D'ailleurs André pense que les femmes qui travaillent ne se comporteront jamais comme des hommes.
Il pense que les femmes sont plus humaines.
Par nature, pense André, les femmes sont plus naturelles que les hommes.
Mais depuis longtemps, pense André, les femmes ne sont plus naturelles.
Les hommes non plus ne sont plus naturels.
D'ailleurs, pense André, plus personne n'est naturel.
Pourtant André pense que les femmes noires (variante : asiatiques) sont plus naturelles et sexuelles que les femmes blanches.
Les hommes noirs (variante : asiatiques) sont aussi plus naturels et sexuels que les hommes blancs.
En général les femmes, dit André, sont plus simples (variante : plus primaires) que les hommes.
Ceci dit les femmes sont aussi plus compliquées (variante : plus névrosées) que les hommes.
Les hommes, pense André, sont au fond des enfants.
Mais les femmes, parce qu'elles enfantent, pense André, sont plus proches de la vie, moins destructrices, que les hommes.
Pourtant les femmes sont plus envieuses, plus jalouses, plus rancunières que les hommes, pense André.
Et moi, je ne sais pas quoi lui dire, à André. Je n'ai jamais vu quelqu'un avoir la tête si remplie.
La tête d'André me fait penser à un caddie dans un super-marché la veille de Noël.
Il se rend compte qu'il tourne comme une toupie, il est épuisé, il se sent agressé, mais par quoi ?
Assommé, ballotté, excité, mais sans désir.
Et alors ? Vous voulez savoir comment ça s'est terminé ? Ça ne s'est pas terminé. Il s'est marié, il a divorcé. Avant son divorce, il a eu un enfant. Son enfant... Il s'en occupe, il est présent... Mais ce qui est bizarre, c'est que l'enfant ne l'a pas modifié. C'est comme s'il ne l'avait pas eu. Oui, c'est ça qui est vraiment bizarre, c'est comme s'il ne l'avait pas eu.

Tout le monde, ou presque, reconnait que l'industrialisation effrénée, sauvage, causée par le désir de profit de quelques uns, a beaucoup détruit et continue à détruire la Terre, l'espace matériel commun de la Terre. Forêts, mers, atmosphère, espèces animales et végétales... Mais il faudrait tout de même que l'on commence à prendre aussi au sérieux l'autre forme de cette destruction, la destruction de l'espace mental commun, l'espace public. Tout ce qui est mis en circulation, ou presque, comme oeuvre, travail de pensée, projet, devient anecdote. Et devant une anecdote, il n'y a rien à dire ni à penser, mais seulement à rester là, passif, assis. Pas d'objet, pas de question, on est seulement devant une affirmation vide et agressive, sauvage, Moi c'est moi, et toi, tais-toi.
La trivialisation est le nouvel opium du peuple.
On l'a déjà dit : “Ils vendront leurs secrets et cela fera une culture”.
Et cela fera une culture, voilà ce qui est urgent de penser !
Une façon de faire croire aux gens qu'ils participent à ce qui se passe et à leur propre vie parce qu'ils peuvent soi-disant se reconnaître dans les énoncés les plus triviaux, les anecdotes les plus triviales, moi aussi j'aime les épinards, moi aussi je déteste l'hypocrisie, moi aussi... Une façon de dire : participons, non pas aux décisions concernant notre vie, ça c'est difficile, vraiment, voire exclu, mais aux prétendus dessous des cartes, vous n'êtes pas, nous ne sommes pas parmi les élus, les élites, mais au moins on connaîtra le petit bout de la petite culotte. C'est une façon de faire qui essaie de colmater le désespoir des gens, le nôtre, et la perte de repères, l'isolement.
Toutes les questions que posent une oeuvre, un projet, une idée sont effacées, reste seulement l'agitation, l'auto-promotion du soi-disant médiateur.
Imaginez un instant un entretien à la télévision avec le Marquis de Sade.
Le vieux Sade, un peu gâteux, ou mal conseillé, aurait accepté.
Le présentateur aurait, pour l'occasion, porté une petite perruque poudrée sur la tête.
Alors, Monsieur le marquis, vous aimez toujours la sodomie ?
Sade, surpris.
Les derrières, c'est vraiment votre préférance, n'est-ce pas ?
Pouvez-vous nous préciser la partie du derrière que vous investissez le plus ? le trou ? la raie ? les fesses ?
Sade secoue la tête.
Quand est-ce que vous vous êtes rendu compte de ces préférences ?
Avez-vous eu peur ?
Vous n'avez sûrement pas eu peur de l'opinion d'autrui, quand on vous connait, quand on vous voit, on se rend bien compte que vous n'avez peur de personne, mais avez-vous eu peur de vous même ?
Mmmfff, émettrait Sade, l'air vaguement choqué.
Vous préférez les culs bien fermés, n'est-pas ? les pas trop usés ? les plus serrés, ahahaha ?
Sade, rétracté, un peu absent, ou pas habitué aux lumières du plateau, opine.
Et votre goût des glaces, des sorbets ?
J'ai été très frappé en vous lisant par votre gourmandise.
Sade sourit dans le lointain.
Vous aimez les sorbets un peu différents, un peu spéciaux, n'est-ce pas ? Les sorbets à la merde, au caca, vous dites que c'est eux que vous préférez ?
Vous pensez qu'il vaut mieux dire merde ou caca, d'ailleurs ?
Sade lève les sourcils.
Vous êtes toujours très exigeant sur les mots, très rigoureux, on voit que vous aimez la langue française, que vous l'appréciez vraiment, j'ai raison, n'est-ce pas ?
Sade hausse les épaules.
J'ai raison, je vois que vous pensez que j'ai raison.
Vous décrivez très bien votre plaisir en les mangeant, ces sorbets, vous gémissez de plaisir, c'est exact, non ?
Enfin, vous, votre héros...
Votre héros, on peut dire que c'est vous, n'est-ce pas ?
Mais vous avez oublié de nous donner la recette, ahhahah...
Mmmff, émet Sade.
Le spectateur attentif pourrait peut-être voir une petite bulle au-dessus de sa tête avec un point d'interrogation comme dans certaines bande-dessinées.
Alors, avançons, avançons, il y a beaucoup de matière, n'est-ce pas, ahhahah.
Dites-nous, vous aimez particulièrement les relations à plusieurs, les groupes ?
Les positions imbriquées, interactives ?
Vous faites appel aux gens les plus divers, ceux que vous connaissez, ceux que vous ne connaissez pas, des domestiques, des princes, vous aimez les mélanges, n'est-ce pas ?
Tout ça demande du travail, de l'organisation. Vous êtes quelqu'un de très organisé, n'est-ce pas ? ça se voit.
Il faut avoir tout de même un esprit très très organisé pour mettre au point tout ça, non ?
C'est un peu transgressif, bien sûr, mais on peut comprendre, on peut comprendre. Moi même...
Silence souriant.
Sade, étonné sans doute du silence, s'agite sur sa chaise.
Et votre goût pour le sang, les blessures, les déchirures, forcer, faire mal, vous pouvez nous en parler ?
Mmmfff, réponse de Sade.
Ceci dit, vous admettrez que tout ça exige du personnel, des moyens, n'est-ce pas ?
Avouez que ce sont seulement des privilégiés, des personnes assez fortunées, très fortunées même, qui peuvent avoir ce genre de loisirs ?
Vous ne le dites pas assez, vous ne le dites pas du tout, d'ailleurs. Pour que ce soit vraiment accessible à Monsieur tout le monde, Monsieur le marquis, il faudrait tout de même repenser les infrastructures, et là je vous fait une petite critique, vous n'avez pas pensé au côté populaire, tel que vous le présentez tout ça n'est pas encore suffisamment démocratique, mais peut-être ce n'est pas votre problème ?
Sade hoche la tête.
Pourtant il me semble que c'est important, essentiel même, à notre époque, on ne peut pas faire l'impasse là-dessus, n'est-ce pas ?
Enfin, tout ça c'est de l'amour, une voie d'accès vers l'amour.
Ah non, dit Sade, qui subitement a l'air de se réveiller, ah non.
C'est la nature, dit Sade.
L'amour, la nature, c'est pareil, dit le présentateur, en souriant mais avec un ton grave, l'amour, la nature, c'est la même chose, et c'est ça qui est beau.
Ah non, dit Sade, ah non.
La nature n'interdit rien, dit Sade. Ce sont les hommes qui interdisent. La nature, elle, n'interdit rien, répète Sade fermement.
Mais, ajoute Sade, pour citer une formule bien connue, tout ce qui est interdit est par définition, je dis bien par définition, possible.
Le présentateur reste un moment un peu flottant.
Il se ressaisit.
Bon, bon, bon, Monsieur le marquis, vous ne nous avez toujours pas dit comment tout ça vous était venu ?
Parlez nous de votre parcours, voulez-vous ?
Vous pouvez dater ?
La première fois ?
Vous aviez, on croit savoir, une très mauvaise relation avec votre mère ? D'ailleurs dans un de vos livres, la mère est cousue, n'est-ce pas ?
C'est l'expression d'un désir personnel ?
Et vos initiales, D.A.F., je me suis toujours demandé ? Pourquoi ces initiales ?
Le présentateur continue, il fait les questions et les réponses.
Sade, fatigué, ne dit plus rien.
Mmmfff...

Tu mangeras sainement, ah comme tu y penseras.
Tu auras une sexualité épanouie, quoiqu'il en soit.
Tu connaîtras ton corps, tu as intérêt à le connaître.
Tu rechercheras des plaisirs nouveaux, inconnus, étranges, différents, variés, simples, élémentaires.
Tu atteindras une jouissance optimale et personnalisée.
Tu soigneras ton sourire et tes dents, façade, façade.
Tu te réveilleras toujours gaie, malgré tout.
Tu n'auras peur de rien, même si c'est impossible.
Tu ne transpireras pas.
Tu seras propre.
Tu digèreras tout. Impressionnant.
Tu ne garderas pas tes problèmes à l'intérieur, ça te rendrait malade.
Tu iras vite et tu prendras le temps, tu n'as qu'à te débrouiller.
Tu auras un métier passionnant, enfin, qui te passionne.
Tu rentabiliseras ta vie, ce n'est pas si facile.
Tu seras informée et cultivée, le loisir est nécessaire.
Tu ne seras pas divisée, du tout, du tout.
Tu ne te sentiras jamais coupable, tu seras coupable par définition.
Tu ne te sentiras jamais seule, tu sais que c'est mal vu.
Tu aimeras la vie dans la lumière, la lumière, la lumière.
Tu feras tout pour exister, c'est normal.

(les textes “la sexualité industrielle de masse” et “Sade à la télévision” sont adaptés des Amants de Marie )

Consommations / Leslie Kaplan

Rimbaud et moi ...

" Je est un autre"   écrivait Rimbaud...

Pas étonnant alors qu' il soit à ce point moi-même, intimement. Je l' ai rencontré encore enfant, sur les bancs de l' école primaire quand je récitais Le Dormeur du Val, appris par cœur. D' intuition je goûtai déjà à la magie et à l' originalité de ce poème bien difficile à apprendre avec ses rimes qui échappent à la métrique et au rythme de l' alexandrin par le jeu des enjambements, rendant le travail de la mémoire si ardu.
Je le retrouvai des années plus tard, adolescent, mêlant et emmêlant ses mots à la trouble ambiguïté de mes dix-sept ans puis, enfin, rendu au seuil de l' âge adulte, j' en fis un compagnon de route qui ne m' a plus quitté. On m' offrit un beau livre de ses œuvres poétiques, d' un format généreux. Je le posai sur un petit chevalet , devant la fenêtre de ma chambre et chaque fois que m' en venait l' idée je l' ouvrais sur une page nouvelle, prise au hasard . Je lisais et relisais le poème sur lequel mon dérisoire destin s' était posé... Le temps a passé, la couverture a fané. Rimbaud restera, je suis passé.
 


... Il y a quelques années, j' ai participé à une exposition sur le thème de l' autoportrait.
Voici trois photos de l' assemblage d' objets que j' y avais présenté.










J' ai terminé le diaporama
Le dormeur du val,
le voici :
 
    




 




Rimbaud: un chantier !

 

Je me suis mis en tête de réaliser un diaporama-poème sur Le Dormeur Du Val de Rimbaud comme je l' ai déjà fait en partant d' une poésie de Wislawa Szymborska. Mais cette fois, je veux peindre moi-même toutes les images en utilisant le logiciel "Corel Painter". Ce n' est pas une petite affaire: il faut compter de 1 heure à parfois 5 ou 6 heures pour chaque image !

Au moment où je suis rendu, j' ai peint les images pour le générique et le premier quatrain. Pour vous faire patienter, je les poste ici. J' ai réalisé les peintures à partir de photographies trouvées sur la toile. À vous de juger.



000 copie  001 copie 004 copie

 

rimbaud texte

 

 

010 copie   020 copie

 

030 copie 

040 copie

050 copie

060 copie

84 copie

à suivre ...

Les plus beaux poèmes au monde

 

 

"Objets inanimés, avez-vous donc une âme

Qui s' attache à notre âme et la force d' aimer ?" 

A. de Lamartine

Ce livre a une âme

dans laquelle on lit à livre ouvert :

couverture copie






Les plus beaux poèmes aux monde sont pour nous ceux de Wislawa Szymborska, poétesse polonaise, prix Nobel de littérature 1996. Pour rendre hommage à cette belle et généreuse personne j' ai mis en images et dit l' un de ses poèmes . On peut voir cela dans la vidéo ci-dessous: "Oignon"  (titre original: "Cebola").

  Nandou 

 

Oignon

L’oignon c’est pas pareil.
Il n’a pas d’intestins.
L’oignon n’est que lui-même
foncièrement oignonien.
Oignonesque dehors,
oignoniste jusqu’au cœur,
il peut se regarder,
notre oignon, sans frayeur.

Nous: étranges et sauvages
à peine de peau couverts,
enfer tout enfermé,
anatomie ardente,
et l’oignon n’est qu’oignon,

sans serpentins viscères.
Nudité multitude,

toute en et cætera.

Entité souveraine
et chef-d’œuvre fini.
L’un mène toujours à l’autre
le grand au plus petit,
celui-ci au prochain
et puis à l’ultérieur.
C’est une fugue concentrique
L’écho plié en chœur.

L’oignon, ça s’applaudit:
le plus beau ventre sur terre
s’enveloppant lui-même
d’auréoles altières.
En nous: nerfs, graisses et veines
mucus et sécrétions.
On nous a refusé
l’abrutie perfection.
Traduction Piotr Kaminski

           

 

    

 

Je vous livre encore un de ses poèmes, que je compte pour un pur joyau, en vous invitant, si vous ne les connaissez déjà, à aller à la rencontre de ces textes qui offrent le partage en consolation, faute de ne pouvoir fournir de raison.  

 

UN CHAT DANS UN APPARTEMENT VIDE

(Kot w pustym mieszkaniu)

 

Mourir. On ne fait pas ça à un chat.
Car que voulez-vous qu' il fasse maintenant, le chat,
dans un appartement vide ?
Grimper au mur.
Se frotter aux meubles.
Rien n' a changé semble-t-il
et pourtant rien n' est pareil.
Rien n' a été déplacé,
et pourtant rien n' est à sa place.
Et même le soir, la lampe ne s' allume plus.

 

On entend des pas dans l' escalier,
mais ce ne sont pas les bons.
Et la main qui met le poisson dans l' assiette
n' est pas la même qu' avant.

 

Quelque chose ne commence plus
à l' heure où les choses commencent.
Quelque chose ne s' accomplit plus
comme les choses devraient.
Quelqu' un était là, qui y était toujours,
puis, soudain il a disparu
et s' obstine à ne plus être du tout.

 

On a fouillé toutes les armoires.
Parcouru tous les rayons.
On s' est faufilé sous le tapis, au cas où.
On a même violé l' interdit
et fichu la pagaille dans les papiers.

 

Que reste-t-il à faire désormais ?
Dormir et attendre.

 

Mais qu' il revienne seulement,
qu' il se montre tout à coup.
On lui fera savoir
que cela ne passe pas avec un chat.
On avancera vers lui
comme si on ne voulait pas,
lentement,
sur des pattes fières et boudeuses.
Et pas question de petits sauts, de petits miaous, au début.

 

couverture portrait

 




À celui que j' aime

 

Nous nous sommes rencontrés il y a dix ans de cela. Nous survivions alors l' un comme l' autre dans un état de léthargie qui maintient le corps en vie alors que l' âme l' a comme à jamais quitté. Survivre ainsi n' est pas si difficile, cela n' a simplement pas de sens. Alors que nous n' espérions plus rien notre rencontre fut notre mutuelle résurrection. C' est alors que j' ai écrit ce poème que j' ai voulu le plus beau pour l' offrir à celui qui m' a redonné la vie comme un cadeau du ciel. Dix années ont passé comme un jour. Nous ne nous y étions pas trompés.

                                                                                      10catachanson

Roi  ,

La vie est un cadeau du ciel.

Offert.

Tu le prends dans tes mains frémissant

De ses promesses:

Entre tes doigts le papier bruit

Et aussitôt le présent pèse

Car à l' instant du froissement vient le silence du poids. 

Tu déchires.

Tu ouvres.

Tu regardes.

Le cadeau est:

La vie du ciel !

 

Ô

S' y endorment au bois, blanches les anémones

Dont jaillissent des parfums presque absents,

Échos du chœur des immortelles

Or

Voiles de deuil d'œillets sanglants.

  ***

 

Vois

Ce que la vie te donne :

Le ciel entre tes doigts !

Tu ne t' y attendais pas,

Tu ne t' y attendais pas ...

Le diable et le bon dieu ont des accords subtils

Scellés par la fraise des bois .


***
 

Bois

Sur ta langue

Une eau en ses délices

Au calice rédempteur de ma peau

Où tu vas,  haletant sans trêve,

Enivré de science et de patient travail

Pour parvenir au cœur ;

Y être.

Tu saisis la pierre dont l' éclat sourd.


***
 

Sois !

La vie est un cadeau du ciel

                                                    

                                                                                        09catachanson



Les Amis Inconnus

Au travers de ce beau poème de Jules Supervielle,
 voici un petit signe de connivence à l'adresse de nos "Amis inconnus"...
 Qu'ils ne se reconnaissent pas en tout au    "mal que nous leur fîmes" !
                                   " Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux."
 
 

chat Les Amis Inconnus

                                                                                                                   Jules SUPERVIELLE
                                                                                                                               1934
 

 Il vous naît un poisson qui se met à tourner
Tout de suite au plus noir d'une lame profonde,
Il vous naît une étoile au-dessus de la tête,
Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux
Que ses sœurs de la nuit, les étoiles muettes.


Il vous naît un oiseau dans la force de l'âge
En plein vol, et cachant votre histoire en son cœur
Puisqu'il n'a que son cri d'oiseau pour la montrer,
Il vole sur les bois, se choisit une branche
Et s'y pose ; on dirait qu'elle est comme les autres.


Où courent-ils ainsi ces lièvres, ces belettes,
Il n'est pas de chasseur encore dans la contrée
Et quelle peur les hante et les fait se hâter,
L'écureuil qui devient feuille et bois dans sa fuite,
La biche et le chevreuil soudain déconcertés ?


Il vous naît un ami et voilà qu'il vous cherche,
Il ne connaîtra pas votre nom ni vos yeux,
Mais il faudra qu'il soit touché comme les autres
Et loge dans son cœur d'étranges battements
Qui lui viennent des jours qu'il n'aura pas vécus.


Et vous que faites-vous, ô visage troublé,
Par ces brusques passants, ces bêtes, ces oiseaux,
Vous qui vous demandez, vous, toujours sans nouvelles :
Si je croise jamais un des amis lointains
Au mal que je lui fis, vais-je le reconnaître ?


Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence
Et les mots inconsidérés,
Pour les phrases venant de lèvres inconnues
Qui vous touchent de loin comme balles perdues,
Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.

 

 
 
 
 


 

à l'Aurore d'un Soir

Voici un poème que j'ai écrit il y a bien bien longtemps, quand j' étais encore adolescent en classe de seconde, je crois me souvenir. Étrangement, il est resté intact dans ma mémoire... Je vous le livre tel qu'il  m' est parvenu jusqu'à ce jour...

 À l' aurore d' un soir...plume aurore copie

 

 

Demain peut-être écrirai-je une symphonie

Et j'y mettrai une mer rouge sans marée

Un vent essoufflé une brise sans température

Et un pauvre qui ne croit pas en Dieu

 

Et j'y mettrai une mer noire sans marée

Un rouge-gorge à la voix blanche

Une mariée vêtue de rouge

Et la pâle paupière d' un nourrisson libidineux

 

Serins des sérénades accordez-vous

Aux violons des taules aux couacs aux clusters

Aux sages et aux fous

Au cri

 

Car demain j' écrirai cette symphonie

De la réversibilité

Et la pâle musique silence d' or pour un adieu

Un grand vacarme harmonieux 

Cata






Le Dompteur de Colibris

le dompteur de colibris

 

Le dompteur de colibris toute la vie s’exerce au rêve

Il fait profession de ridicule et de poésie

mais sait voler les arcs-en-ciel aux gouttes de pluie

et l’âme des fées aux éphémères

 

Le dompteur de colibris sommeille au jardin des regrets

Sur la tombe d’un cimetière

mais les oiseaux-mouches tournent au-dessus de sa tête

comme une belle idée

 

Sa partenaire est plus qu’étrange

Au cirque des espoirs en allés

car le cerceau qu’elle fait passer

est une porte pour les anges

 

Regarde le dompteur aux nectars de fleurs

Dans l’arène de ton cœur d’enfant

car il redonne le lustre d’antan

au brillant de l’œil gentil spectateur

                                                          Cata