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Un tube de la poésie
Oui, c’est un Tube cette poésie, d’ailleurs vous la connaissez certainement. Il s’agit du poème “Voyelles” de Rimbaud dans lequel il attribue une couleur à chaque voyelle. Pour vous rafraîchir la mémoire : Voyelles A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes, U, cycles, vibrements divins des mers virides, O, suprême Clairon plein des strideurs étranges, A. Rimbaud
J’ai eu l’idée, il y a quelques temps, de continuer à attribuer ainsi à chaque lettre de l’alphabet une couleur ou une texture. J’ai ensuite proposé cet alphabet codé aux enfants qui ont pu “écrire” chacun leur prénom en collant dans l’ordre convenable sur un tube de carton leurs lettres transposées en rectangles de papier ou de carton ondulé. J’avais récupéré ces tubes chez un drapier. Voici l’alphabet codé que je leur avais proposé et un exemple de réalisation, le tube de Jérémy: Le dessin réaliste d’après nature n’est pas chose facile pour un enfant de grande section de maternelle, c’est pourtant ce que je leur ai demandé et j’avoue que les résultats ont été étonnants de qualité . Cet exercice qui peut sembler rébarbatif de prime abord, leur a beaucoup plu, curieusement. Nous disposions, quand ils furent tous confectionnés, d’une bonne vingtaine de tubes tous ressemblants et pourtant tous différents. Avec les petits élèves nous avons recherché, dans la cour de récréation, différentes manières de les “installer”. Il me reste quelques photos de cette recherche: J’ai ensuite suspendu tout ces tubes dans la salle de jeu de l’école et nous avons invité les mamans et les papas à l’exposition qui comprenait cette suspension , les autres installations photographiées et quelques reproductions d’œuvres d’artistes entrant en résonance avec notre travail. L’installation des tubes suspendus constitua le décor d’une petite “chorégraphie” que nous avons présentée. Il s’agissait soit de parvenir à courir dans tous les sens en évitant bien de faire bouger les tubes, soit au contraire de jouer à les bousculer et à imiter leur balancement. Je sentis bien comme un flottement dans le public assez dérouté par la modernité du propos mais comme c’était les gosses qui faisaient, on trouva cela “intéressant” comme on dit quand on sait paraître dans le move ou bien tout simplement et évasivement “joli” quand on préfère les tableaux édifiants, figurant au quart de poil le cerf aux abois pris dans un rai de lumière traversant l’ombre automnale d’un sous-bois…
Nandou
Quelques œuvres d’art assez …cylindriques, elles aussi : ;-) Colonnes. Illusion d’optique bruce Shapiro Art machine-pipe dream-Projet Colonne Trajane, Place Vendôme …… Colonne sans fin. Brancusi Flavin. Néon Laurent Berkowitz red yellow black
Snelson Tubes en rotation. Projet. Crus Diez
Tubes of darkness. Infographie Totems à Seattle Barcelone. Entrée du Musée Picasso. Merci Nad'O FiN Leur seconde peauLe secret des Cata
Mais comment, par Dieu, les Cata font-ils pour garder éternellement cette pureté d’âme qui les caractérise, cette incomparable beauté du corps et du visage, cette impérissable jeunesse qui perdure malgré les outrages du temps et les mœurs cruelles des jaloux ? _ Ils possèdent un objet magique qui, à l’instar du portrait de Dorian Gray vieillit à leur place mais qui, contrairement au tableau de Basil Hallward les préserve aussi de toute rancœur et de toute noirceur d’âme. Ce qui fait cette différence d’avec la célèbre peinture, c’est que leur talisman, Minou l’acquit dans les années quatre-vingt de manière fort honnête, ce gri-gri qui les garde ; non au prix du suicide d’une belle, mais non, simplement en le payant à quelque marchand ignorant de ses pouvoirs. Certes, l’objet n’a pas la superbe d’une toile de maître, il peut même sembler une pauvre guenille aux yeux du commun, leur très vieux et très usé tee-shirt démodé. Eux savent qu’il “a une âme et les force d’aimer”.
Cat&miaou
Le don“ C’est le septième et c’est un garçon, il doit avoir le don.” avait dit la vieille Catherine Langres à ma mère en promenant son regard scrutateur, perçant mais bienveillant sur moi qui l’écoutais sans l'entendre. Il y a cinquante ans de cela et j’allais atteindre l’âge de raison, faire ma communion privée, renouveler mes vœux de baptême et donc il était clair pour la vieille que j’étais en âge de savoir et de comprendre que je n’étais pas un être ordinaire mais que Dieu m’avait élu pour dispenser le bien sur la terre. Dans les années cinquante du siècle passé, la semaine d’école s’étalait du lundi au samedi compris et le jour de liberté des enfants tombait le jeudi. Dès que le printemps venait, ma mère, qui avait mille travaux à accomplir entre le jardin, la basse-cour, les lapins et leur clapier, le cochon et sa porcherie et surtout les affaires d’une maison abritant une famille pauvre de sept enfants sous l’autorité d’ un mari qu’entre nous, nous appelions “le père Tapedur” , ma mère, tous les jeudis confiait à la garde de Catherine toute la marmaille. Nous l’aimions bien Catherine. Toujours vêtue de noir pour marquer son veuvage, elle gardait tout le temps pour nous, à l'abri dans la poche de son “devantal”, une boîte de cachous ou de bonbons Pulmoll, de berlingots ou de pastilles Valda à la menthe qu’elle distribuait avec une application et une prodigalité telles qu'on ne saurait trop dire qui d'elle ou des mioches en retiraient le plus de plaisir. Catherine aimait les enfants et les enfants l'aimaient car elle n'était jamais non plus à court de mots et leur parlait comme à de vraies personnes. Tous les jeudis, nous montions avec elle à la ferme de Labardaine pour y acheter des œufs ou du lait, nous prenions la côte au bout de la rue Pannecau et nous nous retrouvions en pleine campagne. À mi-chemin nous faisions une halte qui lui permettait à elle de se reposer et à nous de nous ébattre comme des fous tant le lieu était propice aux jeux . C'était un champ en pente abrupte que nous remontions aussi pressés qu'essoufflés pour nous laisser ensuite rouler emportés par la vitesse en vociférant de joie. Rendus au bas de la pente, de grands chênes nous offraient leurs branches les plus basses auxquelles nous nous suspendions pour nous balancer ou effectuer quelque acrobatie de notre invention. Ces jeux n'étaient pas très variés mais comme nous les aimions! Au bout d'un moment Catherine nous appelait et distribuait un goûter de confiture ou de chocolat. C'est après ce moment de collation, alors que mes frères et sœurs avaient repris leurs jeux, qu'un jour elle m'expliqua qu'étant le septième de la famille, Dieu m'avait doté du don de guérir et que si je le voulais je pourrais devenir guérisseur mais que je devrais toujours faire cela en rendant grâce au Bon Dieu. Ensemble nous récitâmes une dizaine de « Je vous salue » et un « Notre père » qu'elle égrena sur son chapelet comme pour sceller le grand secret qu'elle venait de me délivrer. Catherine mourut quelques années plus tard , discrètement comme elle avait vécu, dans la certitude de l'existence du Bien et de Dieu et je pense que sans le savoir, les enfants que nous étions ont participé à lui faire une vieillesse assez heureuse, à faire ce qu'elle savait le mieux : se rendre utile. Des années passèrent. J'étais adolescent quand ma mère développa un zona. En plus du médecin de famille dont la pharmacopée ne parvenait pas à la délivrer du mal, on fit appel à une guérisseuse. Dans une maison dont le pater familias n'était pas rouge seulement de la vinasse qu'il absorbait en quantité mais avait en outre -sic- de grandes sympathie pour le du Parti Communiste, le matérialisme marxiste régnait et les bondieuseries et autres marchands de sorcellerie ne franchissaient guère le seuil que si on avait grand besoin d'eux. On fit donc une exception pour la mère qui souffrait trop et depuis trop longtemps mais on eut soin pour faire venir la guérisseuse de choisir un moment où le paternel serait absent. Ma mère monta s'enfermer dans la chambre conjugale avec la sorcière. Je mentirais en la décrivant car je ne me souviens plus du tout de son apparence. Cela devait tomber un jour de repos ou un jour de vacances car j'étais à la maison. Je ne pus m'empêcher de les suivre , à pas de loup et je me postai contre la porte de la chambre pour espionner le rituel à la dérobée. Par le trou de la serrure j'observais chaque geste. Je fus d'ailleurs bien étonné car on avait dit à ma mère pour lui faire comprendre qu'elle serait bien avisée de faire intervenir un guérisseur qu'elle « devrait se faire porter », c'était l'expression que les gens utilisaient. Je plaignais d'avance la guérisseuse car ma mère, après sept couches avait une sacrée corpulence et si cette bonne-femme devait la porter … Bon courage ! Non, les rituels auxquels j'assistais, n'en perdant pas une miette, ne comportaient aucune phase de levage et de transport et si j'ose dire, Dieu merci ! Ils étaient constitués de prières sibyllines en Béarnais associées à des impositions de mains et à des déambulations ésotériques. Sentant la fin des opérations magiques venir, je m'éclipsai, toujours sur la pointe des pieds, silencieux comme l'air pour ne pas être surpris. Plus tard même, pour éloigner tout soupçon de la part de ma mère, je l'interrogeai sur la façon dont les choses s'étaient passées et elle me raconta par le menu tout ce dont elle se souvenait et je pus le vérifier, sans me mentir : cela me fit une révision ! Ce n'est que bien plus tard, à l'armée, alors que je faisais mon service militaire d'appelé du contingent en tant qu'infirmier que je fus amené à expérimenter mon soit-disant « don ». Un jour je constatai qu'un malade avait une verrue sur un pouce, et je lui proposai « de la lui faire partir car j'avais le don ». Qui ne tente rien n'a rien ! Je pris son pouce dans ma main gauche et, baragouinant une prière faite d'un mélange de ce que j'avais entendu en espionnant l'Action-Commando-Zona-Spirite de maman avec quelques improvisations personnelles en occitan approximatif , je posai le pouce de ma main droite sur la verrue. Puis je traçai neuf croix sur le mal en les comptant à haute voix: « un..dus...tres...quouate...cinc...sheis... sept...oueit...naou. ». D'un sérieux et d'une conviction sans faille, je tins mon rôle comme un pro de l'étrange, à en faire pâlir l'esprit des morts, puis, l'œuvre accomplie je relevai la tête et regardant mon malade bien droit dans les yeux je lui fis: « N'y pense plus, dans neuf jours tu verras,ta verrue aura disparu ». J'omis juste de faire une prière à Dieu pour le remercier pour cette guérison prochaine car déjà à l'époque j'avais décidé que grâce à Dieu, j'étais athée ! Quelques jours passèrent et mon bonhomme revint me voir et, ne le croyant pas lui-même, me fit constater qu'effectivement, il n'avait plus de verrue! Adoptant l'air le plus modeste et pas le moins du monde étonné de cela je répliquai juste « Tu vois... » évasivement. Je connus quelques échecs aussi. Je compris vite que je ne pouvais soigner que des gens qui m'étaient inconnus car ceux qui me connaissaient réellement ne pouvaient croire au personnage inspiré que je composais subitement et soit se mettaient à pouffer de rire dans l'instant soit ne croyaient pas une seule seconde que la personne ordinaire en tout point qu'ils connaissaient, puisse détenir tout à coup un don aussi étrange. Du coup, hommes et femmes de peu de foi, je ne parvenais pas à les guérir! Un jour arriva enfin où j'allais pouvoir passer aux choses sérieuses. Ce jour-là j'avais invité chez moi quelques amis choisis parmi lesquels Angèle, médecin généraliste. Celle-ci demanda à la cantonade si l'on ne connaîtrait pas quelqu'un qui soit susceptible de porter un de ses patients qui avait un zona résistant au traitement allopathique car elle aimerait bien tenter le coup. Elle avait eu l'écho de nombreux cas où cela fonctionnait. Je me suis jeté à l'eau et je lui ai proposé de « porter » son malade en arguant que de toute manière, si ça ne lui faisait pas de bien, ça ne pourrait pas lui faire du mal. Devant ma détermination elle n'hésita pas plus d'un instant et il fut décidé de mon intervention magique. Elle prit contact avec le malade dont je ne sus rien de plus avant de le voir que le fait qu'il s'agissait d'une femme d'une cinquantaine d'année. Je me préparai donc à « porter » cette dame, Je répétai dans ma tête le cérémonial que j'allai suivre en m'inspirant grandement de mes souvenir d'adolescent. Néanmoins il me sembla qu'il fallait que le patient participât lui-même de manière active à sa guérison et j'apportai une variante de mon cru,la Nandou-touch, quoi! Dans un fond de tiroir oublié, je pris un paquet de graines de volubilis que je n'avais jamais plantées et j'en choisis neuf que je glissai dans une boîte d'allumette. Les graines de volubilis sont noires et d'une taille supérieure à un grain de petit pois: on peut croire à leur pouvoir magique! Au jour et à l'heure convenus, je me présentai au domicile de la femme au zona.. Elle habitait une résidence, juste à la périphérie de Pau , je trouvai son nom sur les rangées de sonnettes, dans le hall près de l'entrée et j'appuyai. Une faible voix malade me répondit par l'interphone m'invitant à monter. Je pris l'ascenseur pour le 3ème étage et comme j'en sortais je la vis qui m'attendait sur le seuil de la porte de son appartement. Je m'étais préparé à être reçu par quelqu'un en pyjama, en robe de chambre ou en chemise de nuit mais il n'en était rien, la dame était bien habillée, comme pour sortir, je dirais même ... comme pour aller à la messe. Elle était d'une taille bien inférieure à la moyenne et portait des vêtements d'un classicisme suranné : une jupe sombre et étroite tombant au dessous du mollet, un gilet de laine gris pâle sur un chemisier blanc cassé et même un petit foulard de soie bleue sagement noué autour de la gorge et rangé dans l'échancrure du col. J'eus juste le temps de voir qu'elle avait un visage de souris, avec des yeux presque invisibles derrière des lunettes rondes à la monture en écaille rosée, claire et translucide et aux verres, très, très épais. Comme le la suivais dans le couloir que nous traversions, je vis en bonne place, au-dessus de la porte donnant sur le salon-salle-à-manger un cadre agrémenté d'un rameau de laurier séché et représentant le Christ en gloire. Ma première impression se confirmait : j'étais tombé sur une grenouille de bénitier, Alors là je me dis: « Mon petit c'est du nanan ça pour toi, pain béni, celle-ci elle va gober tout ça comme du petit lait, elle est prête à croire tout ce qu'elle voit et même ce qu'elle ne voit pas, tu joues sur du velours Nandou! Si t'y arrives pas avec elle, t'y arriveras jamais! » J'entre dans le séjour et aussitôt je demande si je peux faire de la place car il en faut pour effectuer « les passes » et joignant le geste à la parole je retire toutes les chaises autour de la table et pousse tout le mobilier contre un mur, libérant ainsi un grand espace central. Maintenant je viens me placer derrière elle et pose mes mains sur ses épaules: « Méchan maou vé-t'én , vé-t'én coum es viengut ...» Je tourne autour d'elle en appliquant mes mains contre sa taille puis je viens me placer à nouveau derrière . Je marque le signe de croix entre ses épaules , à la base de la nuque en appliquant l'extrémité de mes doigts. Puis j'enchaîne par quelques explications en français, nécessaires pour faire les « passes » avec le malade: « Nous allons faire ensemble une série de pas, quatre en avant, puis quatre en arrière,puis encore quatre en arrière puis encore quatre en avant puis la même chose vers la gauche d'abord puis vers la droite ensuite en forme de signe de croix et je compterai , Ne vous inquiétez pas, laissez-vous guider» Je place à nouveau mes mains sur ses épaules , bien appuyées, en imposition: « Méchan maou vé-t'én , vé-t'én coum es viengut Diu sap quin es viengut diu sab quin t'én tournéras En avant Un, dus, trés quouate En arrière cinc, sheis, sept, houeit Naou: méchan maou, vé-t'én Encore en arrière (…) …............................................................................................................................................................ Toutes « les passes » réalisées , je passe par devant la dame et sortant ma boîte d'allumette contenant les graines noires je lui dis: « Voici cette boîte, dedans il y a neuf graines Chaque heure vous en prendrez une et la jetterez par la fenêtre ... Quand vous les aurez toutes jetées votre zona sera parti. _D'accord -me dit la dame- Merci. Vous voulez prendre quelque chose, un digestif, un apéritif, quelque chose? _Non merci madame, au revoir _Merci... au revoir... Merci... » Le lendemain, je reçois un coup de fil d'Angèle, la toubib: « C'est incroyable, ça a marché ! _ Tu vois ... _Simplement, elle m'a fait remarquer que jeter les neuf graines par la fenêtre ça l'a obligée à veiller jusqu'à quatre heures du matin, vu que tu es parti à six heures et demie. _ Oh merde, j'avais pas pensé à ça ! Mais bon, si elle est guérie, hein ?» Et vous, qu'en pensez-vous ? Vous y croyez au don du Nandou ? Que sont mes amis devenus...J'ai le bourdon et le pauvre deuil d'anciennes amitiés lourd à porter remonte du tréfonds de mon cœur et noue ma gorge. Alors... Je me console en me disant que cela arrive à bien d'autres et je pleure en écoutant Léo Ferré chanter "Pauvre Rutebeuf": Que sont mes amis devenus... Alors, s'il vous plaît ... ne me laissez pas finir seul ma chanson inachevée.... vous aussi, amis en partance. Nandou ![]() ![]() Quand l’Art roule des mécaniques
Le début du XXème siècle voit émerger deux artistes majeurs, Pablo Picasso et Marcel Duchamp. Si l’on peut dire que Picasso invente Picasso et son œuvre géante, si personnelle et protéiforme on se doit de reconnaître que Marcel Duchamp, lui, découvre l’art contemporain et que presque tous les courants artistiques qui lui succèderont seront ancrés dans les propositions si novatrices et inspiratrices de ce dernier : utilisation de l’objet comme matériau de l’œuvre ? _Marcel Duchamp ; Art conceptuel ? _ Marcel Duchamp ; humour et dérision dans l’art ? _ Marcel Duchamp; “Nouveau réalisme” ? _ Marcel Duchamp ; “Fluxus” ? _ Marcel Duchamp ; andy Warhol ? _ Marcel Duchamp...La liste serait sans fin . Chaque mouvement artistique jusqu’à nos jours devra reconnaître quelque filiation avec Duchamp, grand découvreur Du champ de l’art à venir, si je peux me permettre ce mauvais jeu de mots. Un des grands domaines d’exploration que M. Duchamp va ouvrir dans ses premières œuvres est le recours à la mécanique et au mouvement comme sources de création . C’est de cela que je vais traiter plus particulièrement dans ce billet. Roue de bicyclette. L'original, perdu, a été réalisé à Paris en 1913. La réplique réalisée en 1964 sous la direction de Marcel Duchamp par la Galerie Schwarz, Milan, constitue la 6e version de ce Ready-made. Marcel Duchamp disait qu'il appréciait particulièrement le mouvement de la roue, favorisé par sa position sur le tabouret. Mouvement, selon lui, aussi fascinant que celui des flammes dans un feu de cheminée. Il aurait alors créé cet objet faute de cheminée. Canular ou geste calculé ? En 1935 Marcel Duchamp crée les “rotoreliefs” . Il s’agit de disques en carton de 20 cm de diamètre que l’on devait faire tourner sur le plateau d’un électrophone. Le mouvement réel de rotation génère alors sur le disque l’apparition d’un mouvement virtuel. Rotoreliefs . 1935
Antérieurement, en 1926, Duchamp avait donné une version filmée de cette recherche dans “anemic cinema” , reprise ici sur YouTube. Cette œuvre sera la première d’un courant artistique du XXème qui verra son apogée dans les années 60, le cinétisme
À partir de ce moment-là et désormais, l’art intègre mouvement réel et mouvement virtuel et la machine fait partie intégrante du domaine de l’art. Cela inspirera de nombreux artistes et parmi les plus célèbres : Nicolas Schöffer : Un peu sérieuse voire prétentieuse cette présentation, Non ? Beaucoup plus humoristiques, les œuvres de TINGUELY :
Dadaïstes et empreintes de drôlerie ou à l'inverse, sophistiquées, les œuvres de CALDER :
Dérisoires et éphémères, aussi fatalement précises que le destin les installations des Suisses Peter Fishli et Daniel Weiss : Le cours des choses . 1987
Tout ce détour pour vous ramener dans… … où en plus de l’exposition permanente “in situ” d’art contemporain, se tenait une exposition provisoire d’œuvres de Nicolas DARROT , disséminées dans tout le musée. Au long du trajet du visiteur, des cellules photoélectriques repèrent sa présence, ce qui met en fonctionnement des mécanismes élémentaires ou techniquement élaborés, faisant appel aux ressources de l’électronique et engendrant son et mouvements d’êtres hybrides, mi-animaux, mi-machines. Le spectateur est pris dans un univers fantastique habité par des êtres de légendes qui semblent avoir traversé les espaces de l’imaginaire et du temps pour crée des fantasmagories troubles où l’amusement le dispute à l’inquiétude et à l’agacement. Étrange et captivant, vraiment !
Mais je ne vous laisserai pas quitter ma visite virtuelle d’Oiron sans revenir au silence et à l’immobilité par cette œuvre de Tom Shannon comme en lévitation dans une tour du château et comme suspendue à jamais dans l’espace et le temps. Tom SHANNON . Decentre Àcentre Nandou Mots clés Technorati : art,art contemporain,mouvement,cinétisme,Darrot,Nicolas Darrot,Château d'Oiron La Curiosité des Curiosités? ? ? et son cabinet de curiosités. Texte : Jean-Hubert Martin in “Le Château D’Oiron et son cabinet de curiosités” Guillaume Bijl . Le cabinet de Claude Gouffier . 1995 Quand on visite Oiron, le cabinet de curiosités (reconstitué avec humour par l'artiste un peu truqueur sur les bords, G. Bijl) ne se donne pas d’emblée, il faut le trouver, au hasard de la visite, à l’angle d’un escalier étroit, comme jaloux des secrets qu’il croit recéler. Mais le plus étonnant pour nous,dans cette visite, ne fut pas que l’œuvre d’art contemporaine fût traitée en “curiosité” mais plutôt dans le fait qu’elle entrât directement en résonance avec les problématiques artistiques et scientifiques de l’époque classique pour donner aux questionnements d’antan les réponses de la fin du XXème siècle. C’est pourquoi nous avons pris le parti d’identifier quelques thématiques ouvrant comme un dialogue entre l’art du passé et celui d’aujourd’hui. L’Espace Depuis la renaissance les artistes que nous nommerons “classiques”étaient hantés par la représentation de l’espace au travers de la perspective qui vise la transcription de l’espace tridimensionnel dans l’espace bidimensionnel de la page, de la toile ou du mur. Cette quête trouva son apogée dans la réalisation d’anamorphoses se jouant des transformations et recompositions de l’image . Anamorphose cylindrique Piotr Kowalski.1993 Identité Notez que les trois boules de différentes tailles ont des reflets identiques…
Felice Varini Carré au sol aux quatre ellipses . 1993 Markus Raetz . Silhouette . 1992 Paysages décoratifs du passé et… Paysage imaginaire d’aujourd’hui… Lothar Baumgarten. Les animaux de la pleine lune, une cosmogonie de la Touraine . 1987 .
Curved'Air .John Tremblay. Sans titre . Tony Grand Marqueterie. Hubert Duprat
Le Temps: “autre siècle autres mœurs!” Les artistes de notre époque sont souvent hantés par le temps. Ils portent un regard souvent ironique sur l’histoire de l’art. Ainsi, la vitrine de Wim Delvoye par exemple, ne manque pas d’un humour…acéré.
ci-dessous, détail Braco Dimitrijevic lui joue avec la distance par rapport à l’événement et à l’œuvre qui l’inspirent. (Attention seule l’œuvre au mur est à prendre en compte; le squelette d’animal suspendu est un élément d’une œuvre d’un autre artiste.) Braco Dimitrijevic –origine, Sarajevo- La Dernière Bataille de Paolo Ucello.1992. Charles Ross propose une quête du temps proche de l’expérimentation scientifique. Pendant une année, chaque jour, il expose une planche peinte en blanc à la brûlure du soleil passant au travers d’une lentille. Ainsi chaque plaque porte-t-elle la marque d’une journée d’ensoleillement. Brulûres solaires Double spirale. Charles Ross
L’ordre et le chaos Les classiques étaient fascinés par l’ordre géométrique, en témoignent les motifs géométriques répétitifs qu’ils affectionnaient tellement et par lesquels ils croyaient pouvoir se rassurer sur un bon ordre des choses et régner sur le chaos. Les artistes contemporains, a contrario, sont souvent attirés par le dérisoire, l’accumulation, le tas, le hasard et l’aléatoire. Sol LeWitt, livre ici, à la dimension d’une salle entière du château, une décoration qui allie puissance structurelle et liberté chaotique. À l’intérieur d’une composition fortement charpentée par de larges cernes noir s’ébattent des polygones multicolores. Jamais l’œil ne peut se poser.Attiré par la structure d’une pyramide qu’il croit identifier, toujours le regard bascule et l’être entier hésite entre le confort apporté par les rectangles et les couleurs chaudes mais douces et le chaos des formes géométriques mais toujours en dévers. Sol LeWitt . Wall Drawing 752 . 1994 Hubert Duprat lui, fait accomplir son travail de marqueterie par des larves de papillons qui vivent dans les ruisseaux, les trichoptères! Celles-ci se construisent une carapace avec les graviers et les bouts de brindilles qu’elles trouvent parmi les galets. Élevées en aquarium par l’artiste, elles ne trouvent plus à leur disposition que paillettes d’or, turquoises, rubis pour bâtir leur maison ce qui donne naissance à de petits bijoux qu’elles abandonnent lors de leur métamorphose. Hubert Duprat . Tricoptères . Marqueterie Bestiaire imaginaire Kane Kwei (Ghana) L’aigle . cercueil Felipe Linares . Alebrijes . 1989 Thomas Grünfeld . Pégase-licorne . 1992 Le Cocatrix Joan Foncubeta La Quête du GRAAL Toi, qui lis ces lignes toi qui a l’esprit curieux Toi qui cherches l’œuvre d’art ultime, elle existe, cachée dans le château d’Oiron, dans “ la chambre des secrets”. Voici tout ce que je sais d’elle et que je te livre maintenant: Alors, mets toi au volant de ton aérofiat Alain Bublex . Aérofiat et pars ! La curiosité n'est pas un vilain défaut.
Nandou
C’était pas une blague….…Nous étions bien à l’église ! Le métronome battait le tempo presto, aussi la pause ne dura pas le temps d’un soupir et nous voici déjà de retour. Voici quelques photos du gîte que nous avions loué à Passay, près de Saumur. Il s’agit de la chapelle d’un château aujourd’hui disparu. Les propriétaires l’ont restaurée avec goût et discrétion, dans le respect de l’architecture: ce gîte est un vrai petit bijou de confort… et d’exotisme gothique ! Dieu existe, nous l’avons habité !
Officiel: Le paradis ça ne dure pas une éternité ! Commentaires publics ….…Messages privés ! Avertissement: Ceux qui n’ont pas encore visionné la vidéo de cette page “Hate story but love story” et lu les 97 commentaires auront du mal à comprendre ce qui suit . Vous avez cru que le différend entre Z’arno et Nandou ne se règlerait qu’à coups de cendriers volants. Vous vous trompiez, l’affaire se réglait fort pacifiquement … en coulisses, par messages privés. Les catas ont trouvé cet échange de courriels particulièrement intéressant car il leur donne l’occasion de mieux se faire connaître et de montrer peut-être, par ce témoignage réel, que la tolérance n’est rien si elle ne prend pas ancrage dans la compréhension réciproque. Aussi, avec l’autorisation et la complicité de Z’arno nous avons décidé de rendre public cet échange de messages privés.
Cher Z’arno,Je pense que Néfertari t’aura expliqué que je t’avais écrit une bafouille sur Windows live mais que ce connard m’a sabré ma belle page d’écriture pile au moment de l’expédition: rage verte !!! Tu excuseras ce contretemps.Il me semble important de t’envoyer quelques mots pour lever toute méprise entre nous car nous ne voudrions pas perdre sur ce coup l’amitié d’un Z’arno pour lequel nous ressentons la plus grande sympathie et même admiration. Aussi je pense qu’il faut que je m’explique sur le fait que j’aie pris si promptement la mouche suite à ton message dénonçant le positionnement communautariste de certains homosexuels.C’est que vois-tu, j’ai cru reconnaître dans les homos visés par ton message l’attitude d’Act up dont je me sens très proche idéologiquement….. mais que j’ai quitté justement pour leur discours outrancier envers les hétéros dont je pense définitivement qu’en plus d’être extrêmement caricatural il est en outre contre productif !Si nous avons créé notre blog Z’arno, c’est qu’au terme de notre réflexion commune, avec Le Minou, nous avons pensé qu’il nous fallait convaincre autrement et que le témoignage nous semblait le meilleur mode de communication. Or ton message me renvoyait pile à une attitude que nous avions remise en question et au lieu de m’en expliquer j’ai eu l’attitude de quelqu’un qu’on avait vexé ! CQFD. Je te demande de m’en excuser. J’ai essayé de récupérer le coup par la suite mais ce qui était fait était fait.Cependant je voudrais bien éclaircir cette histoire de « groupuscule » avec toi, ainsi tu comprendras mieux que j’aie quelque raison de réagir de manière épidermique. C’est qu’à plusieurs reprises, étant membre d’Act up, moi, Nandou, évidemment cet argument m’a été renvoyé et que souvent, en avançant dans le débat et en posant des questions à l’interlocuteur sur ce qu’il pensait du dit groupuscule on en arrivait à une définition des plus racistes : « un ramassis de pédés sidéens et de toxicomanes sidéens et que s‘ils sont dans la galères c‘est parce qu‘ils l‘ont bien cherché avec leurs pratiques dégueulasses!» . Or je n’étais et ne suis toujours même pas séro-positif ! La seule fois que j’ai testé l’héro j’ai tellement dégueulé et j’ai trouvé les effets si peu en accord avec ma personnalité que je n’ai jamais été tenté de renouveler l’expérience, perdant du même coup « l’amitié » de ceux qui m’y avaient initié. Quant à ma sexualité, elle a toujours été responsable même si je pense que j’aurais pu de toute manière moi aussi me retrouver séropo. Personne n’est à l’abri d’une faute ou d’un coup du destin. Mon engagement auprès d’Act up était donc solidaire et citoyen et point barre. Et sur ce point je n’ai pas changé: si l’on considère que l’action pour les droits des homos, des malades n’est pas uniquement l’affaire de leurs communautés alors c’est l’affaire de chacun et de tous! Mais peut-on espérer que l’opinion publique et la loi évoluent si elle n’y sont pas menées par le combat de minorités au départ, combat repris par une avant-garde éclairée ensuite pour enfin entrer dans le discours des partis politiques ayant accès au pouvoir constitutionnel? Si les communautés ne revendiquent pas elles-mêmes, jamais leurs justes revendications ne rejoint le discours universel des droits de la personne humaine. De l’endroit où nous sommes Z’arno et par le témoignage de notre amour nous entendons œuvrer pour l’égalité des droits de tout citoyen. Ce combat là est aussi le combat de chacun d’entre nous et je suis bien certain que nous sommes d’accord là-dessus et c’est l’essentiel.Après, que d’autres n’en soient pas à ce degré de conscience, personnellement je le comprends très bien. Quand j’étais membre d’Act up j’ai approché d’assez près l’ostracisme, la souffrance et la misère dans laquelle les malades sont maintenus pour comprendre leur colère et pour comprendre aussi que s’ils peuvent se montrer très agressifs verbalement, la société, elle, se montre extrêmement inhumaine à leur égard. « La société » c’est chacun de nous : on ne peut pas s’en laver les mains au seul titre que nous ne sommes pas au pouvoir. C’est pourquoi nous voulons témoigner. C’est peu et c’est peut-être beaucoup.Il se peut qu’un jour nous fassions un billet sur le sens de notre blog et la nature de notre engagement mais la chose n’est pas facile car on ne sera pas lus forcément par des gens de bonne volonté, or l’efficacité de la démarche nous importe puisqu’il ne s’agit pas seulement de témoigner mais aussi de faire avancer les mentalités sur l’accès aux mêmes droits pour tous . Droit à l’in-différence.En attendant il me semblait essentiel, en geste d’amitié et de confiance de t’expliquer tout ça à toi.
Salut à toi mon ami !
_L’image du haut est une reproduction d’un tableau de Gilbert et George. Mais j'ai enfin retrouvé celle que je cherchais et que j'ajoute: "colored friends". 1982 _Je n’ai pas jugé nécessaire de relire et corriger les textes des messages privés pour leur garder toute leur authenticité. N. Hate Story ...Hate Story... But Love Story Trouvé cette vidéo ( http://www.ipernity.com/home/jean-bernard ). Elle se passe bien d'un préambulocata qui seront très heureux néanmoins de recueillir vos commentaires de soutien citoyen, "gay friendly".
http://www.ipernity.com/doc/jean-bernard/5324023 Flashback
Retour sur mes années de jeunesse. “Accepter son homosexualité”. Pas facile dans un monde qui la diabolise. Ceux qui diront que j’exagère n’ont pas eu à faire ce travail d’acceptation, à subir les brimades des ados consacrant au culte du Phallus hétérosexuel en persécutant ceux qui en refusent le dogme et les pratiques. Souvenir de mon adolescence : une douleur et une libération. Un cri de douleur et un cri de libération. À l’époque je mettais en scène cela dans les textes de chansons que j’accompagnais au son d’une guitare folk de marque “Épiphone”, copie de la célèbre “hummingbird Gibson” . Aujourd’hui je repense à cette période avec tendresse même si elle ne fut pas si heureuse car elle marqua toute mon existence par la suite. J’y devins moi-même. Je vous donne le texte d'une chanson que j’ai du écrire entre 17 et 20 ans. Vous ferez vos commentaires… si ça vous chante !-) Nandou
AÏE, AÏE, AÏE, AÏE !
Je suis une lopette À caus’ de ça chuis un salaud Pour tout dire en un mot Je suis une salopette ! Pour un p’tit morceau d’peau de trop J’ai vraiment pas eu trop d’ pot À cause de ma quéquette C’est pas tous les jours la fête !
Refrain: Aïe, Aïe, Aïe, Aïe, Chuis pas normal Qu’est-ce qu’i’ vont penser les gens ? Aïe, Aïe, Aïe, Aïe, Chuis pas normal Qu’est-ce qu’i’ vont penser les gens ?
Le jour de ma naissance Un accoucheur beurré Au beau pays de France A failli m’la couper : Il prit mes attributs de Mâl’ Pour le cordon ombilical, C’est sûr qu’ ç’a du m’ traumatiser Qu’ ç’a du me rendre un peu … (Refrain) Un jour dans mon enfance Ma p’tit’ sœur bien aimée au beau pays de France m’ l’a vilement pincée ! On s’étonn’ra j’imagine de mes façons mysogines Mais fallait choisir, c’est triste : Dévié ou masochiste (twist !) (Refrain) Ainsi la providence A tant de fois frappé Qu’au beau pays de France Je suis très très très gai Ramenez votre science Moi j’ai bonne conscience Que ça vous plaise ou pas J’ déband’rai pas pour ça ! (Refrain) Que je sois un’ lopette Que je sois un salaud Et même un’ salopette Pour tout dire en un mot N’empêche pas le fait Que je prenne mon pied N’en déplaise aux vieux pères D’la position du missionnaire !
AÏE,AÏE,AÏE………..
J’espère que vous avez apprécié, au moins pour le côté témoignage…. CADEAU PUBLICITAIRE
Avertissement : Les noms de familles et de lieux ont été travestis pour respecter l'anonymat mais les faits rapportés ici sont, par ma foi, bougrement réels! Minou
Ça se passe quelque part en Aquitaine au cœur de l'Allier-Nord, dans le charmant restaurant scolaire du collège Conté, rue de la Pointe Mont-Blanc à Bic-la-Vigueur. Je livre cet établissement tous les jeudis vers six heures du matin. Premier client d'une longue tournée, le chef de cuisine, Monsieur Waterman, m'accueille toujours avec un grand sourire sous des moustaches fines et ses petits yeux brillants derrières ses lunettes carrées. Après livraison et vérification de la commande, c'est devenu un rituel, il m'offre un petit café accompagné d'un petit gâteau ; bref, c'est le client idéal pour bien commencer ma journée. Ce fameux jour, Monsieur Waterman ne trouvait pas de crayon pour signer le bon de livraison, aussi je lui en tendis un, sorti de la poche de ma veste de travail. Au moment où il allait me le rendre, je lui répondis simplement qu'il pouvait le garder en ajoutant que j'avais la sale manie d'en emprunter moi-même partout et d'oublier de les rendre : j'en avais donc toute une collection ! Le jeudi suivant, ne dérogeant pas à la coutume établie, mon bonhomme m'invita à boire le petit café habituel. Mais cette fois, il me fut servi dans l'arrière-cuisine et sur un plateau posé sur une table en inox entre armoire de congélation et chambre froide. Je commençai à touiller mon café machinalement, absorbé par l'itérativité rassurante de la tâche puis tendis la main pour prendre les biscuits sous cellophane. Je me redressai et comme je portais le paquet à ma bouche pour en déchirer l'emballage entre les dents, je vis mon chef de cuisine, planté devant moi, le pantalon défait, la braguette largement ouverte et la bistouquette à l'air ! Moi, la tasse dans une main, un biscuit dans l'autre, le regard sautant de la tasse, au biscuit et du biscuit, à la tasse mais passant inévitablement, par le petit oiseau matinal, je me trouvais tout con. Très con. Un grand moment de solitude. Comme j'étais là, sans doute éberlué, Il lança avec un timbre des plus sirupeux et contrastant avec son physique d'ancien rugbyman : " _ Oui, t'es sympa, t'es mignon ! Tu m'as donné un crayon, j'ai compris le message ! On pourrait se voir tous les jeudis en fin de tournée … Là elle est molle, il ne tient qu'à toi… pour la faire grossir…" Pour le reste je ne me souviens plus de ce qu'il a dit au juste mais je sais qu'il a encore parlé. Je ne l'écoutais plus. Je me vois lui répondre gentiment mais fermement: "_ Je ne mélange pas ma vie privée avec le travail et je vis avec quelqu'un depuis six ans, je ne vais pas tout gâcher avec ça !" C'est alors que le bougre répliqua: "_ Oui, moi aussi je suis marié mais sucer n'est pas tromper… Pour moi non plus ce n'est pas facile…" Comme il sortait le crayon que je lui avais donné de la poche intérieure de sa veste blanche, blotti contre son cœur, il ajouta : "_Tu vois je le garde toujours avec moi… " Subitement, mon regard, comme une caméra, zooma en avant sur la publicité inscrite sur le corps de l'objet publicitaire que mon prince charmant des cuisines exhibait, non, pas le truc fait de chair, non, la chose en plastique, ce stylo sur lequel était marqué, je m'en souvins abruptement: "GO WEST gay bar PAU". La gaffe! Je partis sans demander mon reste en jetant ces derniers mots: "_Non et non, ce sera toujours NON ! " Heureusement, à aucun moment le compère n'avait osé poser la main sur moi car je pense que sinon je lui aurais balancé son café à la figure pour le moins, or au bout du compte je n'étais pas pour rien dans sa méprise : "_Fuckin Pen" !
Moralité : La Société de livraison perdit ce jour-là un bon client, un client "régulier", sic ! Le gaillard n'a plus donné de ses nouvelles. Moi, je n'offrirai plus jamais à personne un stylo, objet symbolique trop sexuellement connoté !
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